Deux saisons en même temps

Ses fruits mettent douze mois à mûrir : quand les fleurs nouvelles s'ouvrent, celles de l'an dernier sont devenues des arbouses rouges, et l'arbre porte les deux ensemble. Là où les autres arbres suivent une saison après l'autre, celui-ci tient en même temps ce qui commence et ce qui s'achève.

C'est l'image d'une expérience courante et rarement nommée : dans une vie, les phases ne se succèdent pas proprement. On récolte les fruits d'un engagement ancien alors qu'un autre commence à fleurir ; on reçoit la reconnaissance d'un travail fait quand on était quelqu'un d'autre ; un deuil reste actif pendant qu'une joie s'installe. La psychologie des profondeurs tient ces images de coexistence pour les plus fécondes, parce qu'elles n'obligent pas à trancher là où la vie ne tranche pas.

Le rêve d'arbousier ne demande donc pas de choisir entre les deux saisons. Il constate qu'elles tiennent ensemble, et la question qu'il pose est celle-ci : qu'est-ce qui, chez vous, appartient encore à l'année dernière, et que vous jugez incompatible avec ce qui fleurit ?

Le fruit qui déçoit

L'arbouse est d'un rouge qui attire de loin, et son goût est fade, farineux. Le latin l'avait noté dans son nom même : unedo, « j'en mange une seule ». Peu d'images disent aussi bien l'écart entre ce qui promet et ce qui nourrit.

Ce motif visite fréquemment ceux qui obtiennent enfin ce qu'ils désiraient — un poste, une reconnaissance, une relation longtemps espérée — et qui découvrent que cela ne les remplit pas. Ce n'est pas un drame, et c'est là sa valeur : le rêve ne dénonce ni une erreur ni une trahison, il constate une méprise ordinaire sur ce dont on avait besoin.

Le détail à retenir est votre réaction au goût. La déception seule enferme ; le soulagement de savoir enfin à quoi s'en tenir ouvre autre chose. Certains rêveurs rapportent d'ailleurs qu'ils continuent de cueillir malgré la fadeur, ce qui pose une question plus nette encore : qu'est-ce qui vous retient auprès de ce qui ne vous nourrit pas ?

Ce que porte l'arbre change la lecture

Une lecture psychologique, pas une case toute faite

La psychologie des profondeurs s'intéresse aux figures qui tiennent ensemble deux états contraires — le seuil, le crépuscule, l'androgyne — parce qu'elles décrivent les moments de passage sans les réduire. L'arbousier appartient à cette famille, avec la particularité d'y ajouter la déception du fruit. D'autres lectures ne retiennent que ce second trait et y voient un avertissement sur les promesses visuelles.

Vous avez rêvé d'un arbousier récemment, et souhaitez une lecture personnalisée de ce rêve ?

Découvrir une lecture personnalisée
← Retour : Nature et éléments Toute l'encyclopédie → En savoir plus sur ma méthode →